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Loup y es-tu?

A gauche, le tout nouveau logo de la Fédération des associations d’étudiants (FAE) de l’Université de Lausanne.

A droite, le symbole des Foyers idéalistes (Ülkü ocakları), mouvement fasciste turc, ultranationaliste et panturquiste, mieux connu sous le nom des Loups Gris, et dont la réputation n’est plus à faire.

loupfae

ulkuocaklarilogo

Ressemblance fortuite sans aucun doute, et plus amusante, par son improbabilité, que franchement gênante.

Il n’empêche, choisir comme symbole un animal qui a souvent tant fait fantasmer l’extrême droite, pas seulement en Turquie, constitue un pari assez audacieux…

Sources des images: www.unil.ch/fae et www.cebelibereket.net

En novembre 1992, la TSR diffusait dans le cadre de l’émission Temps Présent un reportage sur les sentiments des Suisses à la veille du vote sur l’adhésion à l’EEE (à partir de 26:30). Alors qu’une journaliste romande s’était rendue à Trogen dans le canton d’Appenzell, un journaliste alémanique s’était intéressé à Moudon. Moudon l’idyllique : cohabitation harmonieuse entre communautés, patriotisme d’ouverture, optimisme raisonné. Le cordonnier est un brave homme.

Jeudi soir, la TSR diffusait dans le cadre de l’émission Temps Présent un reportage sur le problème de la violence des jeunes à Moudon. Moudon le Bronx : petite délinquance, chômage des jeunes, sentiment d’insécurité. Le fils du cordonnier a agressé la vendeuse de la boulangerie.

Véritable évolution ? Ou simple effet du discours journalistique ? A voir.

L’accord de libre circulation des personnes entre la Suisse et l’Union européenne, non accompagné de véritables mesures de protection contre le dumping salarial et social, a un objectif clair et avoué pour le grand patronat qui le promeut à coups de millions : mettre en concurrence à large échelle les travailleuses et travailleurs, afin de faire pression sur les salaires et déréglementer les conditions de travail. « Liberté » fondamentale de l’Union européenne au même titre que la libre circulation des marchandises, des capitaux et des services, la « libre circulation des personnes » est ainsi très directement liée à l’établissement, au tournant des années 1990, d’un marché unique européen entièrement soumis aux règles de la « concurrence libre et non faussée ». En ce sens, elle est inséparable de l’ensemble des attaques, incessantes depuis vingt ans, contre les droits et les acquis des travailleuses et travailleurs d’Europe.

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A gauche, les positions sur  l’accord de “libre circulation des personnes” avec l’Union européenne, et plus généralement sur les accords bilatéraux, sont partagées. Si dans le canton de Vaud A Gauche Toute! a décidé d’appeler à un vote favorable au terme d’un vif débat contradictoire, à Genève, l’ensemble de la “gauche de la gauche” à l’exception de solidaritéS appelle à voter NON le 8 février. Quant au Parti suisse du Travail, il appelle lui aussi à voter NON. Son communiqué de presse, que j’ai corédigé, est reproduit ci-dessous.

Lors de son Comité Central du 6 décembre, le Parti Suisse du Travail a décidé, après un débat vif, de s’opposer à la reconduction et à l’extension de l’accord dit de « libre circulation des personnes » entre la Suisse et l’Union européenne.

La dite « libre circulation des personnes », comme principe de base de l’Union européenne consacré par le Traité de Maastricht en 1991, participe de la création d’un grand marché du travail européen permettant la mise en concurrence généralisée des travailleurs au détriment des droits acquis par ces derniers depuis longtemps et au prix de luttes dans le cadre national. Dumping salarial et social, pression sur les salaires, chômage, attaque aux droits syndicaux en sont les conséquences pour les travailleurs, « nationaux » ou étrangers, dans tous les pays d’Europe, à commencer par les nouveaux pays membres de l’Union européenne.

Certes, la Suisse n’est pas un exemple en matière de droit du travail. Et pourtant, la « libre circulation des personnes » a contribué ici aussi à accentuer la pression sur les travailleurs. Non accompagnée de véritables droits sociaux et syndicaux, la « libre circulation des personnes » a déplacé le rapport de force en faveur du patronat, suisse et européen, pour qui « l’ouverture à l’Union européenne » est un alibi pour toutes les contre-réformes néo-libérales opérées sur le dos des travailleurs. Le patronat suisse ne s’y trompe pas, qui tente d’assurer à coup de millions le succès de l’accord de « libre circulation des personnes » en votation populaire.

Pour le Parti Suisse du Travail, il ne s’agit pas ici de libre circulation, mais bien de libre exploitation des personnes. Par conséquent, nous ne pouvons que nous opposer résolument à cet accord.

Pour autant, nous prenons clairement nos distances avec le NON de certains secteurs de la droite nationaliste. Nos raisons pour un rejet de l’accord sont à l’opposé de celles de ces derniers. La droite nationaliste n’a jamais défendu et ne défendra jamais le renforcement des droits sociaux et syndicaux, et son opposition à l’accord de « libre circulation des personnes » est dictée par la nécessité d’énoncer des boucs-émissaires (son opposition à la seule extension de l’accord en témoigne) autant que par l’opportunisme politicien de ses leaders (à preuve le retournement de veste de Christoph Blocher, qui avait dans un premier temps retenu ses troupes de lancer le référendum).

En outre, l’accord de « libre circulation des personnes » exclut les quatre cinquièmes de la population mondiale. Certes, il serait faux de refuser l’accord pour la seule raison que celui-ci n’englobe pas la terre entière, mais la « libre circulation des personnes » dans l’Union européenne s’accompagne fondamentalement de la construction d’un véritable mur de plus en plus infranchissable aux frontières extérieures de l’Union européenne. Le Parti Suisse du Travail s’oppose à ce projet typiquement néo-colonial.

Le Parti Suisse du Travail appelle donc à voter NON, sur une base internationaliste, à la reconduction et à l’extension de l’accord dit de « libre circulation des personnes » avec l’Union européenne le 8 février.

La lettre ci-dessous a été envoyée en 2006 par un émigré bulgare en Allemagne, un parmi des dizaines de milliers d’autres, à divers partis politiques et médias allemands. Sonnant comme une accusation généralisée de l’hypocrisie du discours politique et médiatique sur l’élargissement de l’Union européenne, elle concerne de fait aussi le débat qui aura lieu en Suisse une nouvelle fois à propos de la dite libre circulation des personnes. Elle a été publiée dans le journal de gauche et patriotique bulgare Nova Zora.

Madame, Monsieur,

Dans le journal Bild du 30 mai 2006, à la page 2, est publié un article avec le titre « Les Bulgares vont-ils nous prendre nos places de travail à nous Allemands ? ». Ce n’est pas la première fois qu’une telle attitude de peur s’exprime dans vos journaux et émissions de télévision. Il y a trois ans par exemple une question sembable avait été adressée à un ministre bulgare (P. Panayotov) dans une émission de la WDR (Westdeutsche Rundfunk). Pourquoi, pourquoi vous les Bulgares voulez-vous nous rejoindre dans l’Union Européenne, demandait l’animatrice de l’émission, sous-entendant que la Bulgarie est un pays pauvre et désire profiter des riches pays occidentaux. « Pourquoi, pourquoi faut-il que la Bulgarie et la Roumanie se joignent à nous ? » demandait fréquemment et avec insistance l’animatrice Sabine Christiansen, de la première chaîne allemande, à l’ancien ministre de l’économie Wolfgang Klement, qui éludait délicatement, ou plus précisément sournoisement, la question.

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En toute logique, après la validation quasiment simultanée de deux référendums il y a une dizaine de jours, le peuple suisse devrait être appelé à se prononcer le même dimanche sur l’usage généralisé de la biométrie dans les documents d’identité et sur la confirmation et l’extension de la libre circulation des personnes avec l’Union européenne.

D’un côté, un projet ultra-sécuritaire, paranoïaque, prévoyant la sauvegarde des données personnelles de l’entier de la population suisse dans une unique base de données centrale et l’accès de gouvernements étrangers à ces dernières.

De l’autre un projet dit progressiste, d’ouverture à l’Union européenne, censé affranchir toujours plus du contrôle étatique le choix du lieu de vie et de travail.

D’un côté nette extension, de l’autre baisse drastique du contrôle de l’Etat sur le citoyen. Défendues pourtant toutes les deux par les mêmes milieux. Cherchez l’erreur…

Groupe turc de musique politique, très populaire dans les milieux de gauche et parmi la jeunesse étudiante de ce pays, Grup Yorum donnait son grand concert annuel à Istanbul ce 6 septembre. Par hasard à Istanbul à cette date, je ne pouvais manquer l’occasion…

Créé par des étudiants d’université en 1985 dans le but de repolitiser la jeunesse après le coup d’Etat militaire de 1980, Grup Yorum se veut « la voix de la terre et des peuples d’Anatolie » et prolonge une tradition de chanson politique en Turquie représentée avant lui par Ruhi Su, Aşık Mahzuni Şerif ou encore Zülfü Livaneli, tout en s’inspirant également d’exemples étrangers comme Victor Jara, Inti Illimani ou Mikis Theodorakis.

A son répertoire, marches révolutionnaires à l’optimisme inébranlable (« Nous avons raison, nous vaincrons », « Premier mai »), chansons évoquant les luttes politiques anti-fascistes et anti-impérialistes en Turquie (combat de Deniz Gezmiş et ses camarades, massacre de Sivas, etc.), mais aussi plus généralement, comme l’écrit le groupe sur son site, « l’amour, la vertu et le désir ardent pour un monde libre ». Souvent, le groupe met en musique des textes de personnalités, comme Nazım Hikmet, le grand poète communiste turc, ou de simples militants. Enfin, une large place est donnée à l’interprétation de chansons populaires des peuples de Turquie dans leurs différentes langues.

Liés au courant maoïste, les membres de Grup Yorum ont dû, pendant leurs presque vingt ans d’existence, faire face à arrestations et procès en cascade, de la part d’un Etat pour qui le débat politique était souhaitable pour autant qu’il fût restreint au strict minimum. Cela n’a pas empêché, au contraire même, la popularité du groupe de croître rapidement et de dépasser très largement le milieu maoïste d’où il émane, au point de vendre au total plus de deux millions d’albums.

Avec le temps, face à cette popularité croissante, la répression à l’égard du groupe et les interdictions de se produire ont diminué, et depuis quelques années celui-ci se produit annuellement au grand Théâtre en plein air de Harbiye à Istanbul, comme ce 6 septembre.

Trois heures et demie de concert, une assistance de plusieurs milliers de personnes, huit mille d’après Indymedia, (de toute façon trop par rapport à la capacité du théâtre, guichets fermés et longues queues devant l’entrée en témoignaient), en très grande majorité des jeunes, et des danses, des poings levés… Une sorte d’enthousiasme révolutionnaire, pur et optimiste, difficile à retrouver aujourd’hui ailleurs en Europe…

Pour plus d’informations:

Le 11 mai, les citoyens serbes éliront leur Parlement lors d’élections anticipées. Des élections cruciales opposant, sur fond d’indépendance du Kosovo, les partisans d’une orientation géopolitique « européenne » aux défenseurs d’une politique extérieure plus indépendante. Le clivage se retrouve dans une certaine mesure jusque dans le choix de l’alphabet.

La langue serbe s’écrit traditionnellement en alphabet cyrillique depuis le XIXe siècle. Cependant, à travers les époques, l’écriture cyrillique a été de plus en plus concurrencée par l’alphabet latin, de sorte qu’aujourd’hui les deux alphabets cohabitent dans l’écriture de la langue serbe. Ainsi certains journaux serbes utilisent l’alphabet cyrillique, d’autres l’alphabet latin. Mais le choix de l’un ou l’autre alphabet n’est pas innocent. Pour preuve, des associations de défense du cyrillique ont vu le jour ces dernières années en Serbie pour lutter contre le progrès d’un alphabet latin porté toujours plus par la mondialisation. D’où l’intérêt pour un tour d’horizon des sites internet des partis politiques en compétition lors des élections du 11 mai, histoire de voir dans quelle mesure ils résistent à la mode de l’alphabet latin…

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Lancée par des milieux conservateurs alémaniques, l’initiative « Souveraineté populaire sans propagande gouvernementale » est rejetée par la gauche dans un accès d’hystérie anti-UDC. Sans se rendre compte que l’UDC, malgré son soutien de principe populiste à l’initiative, est trop consciente de ses intérêts pour souhaiter sincèrement le succès de cette dernière.

PRD, PDC, PLS, PEV, PS, Verts. Tous s’associent, dans un bel élan d’unanimité, pour rejeter l’initiative « Souveraineté populaire sans propagande gouvernementale », qui limite au strict minimum les interventions du Conseil fédéral dans les campagnes de votation fédérales. Mon parti cantonal a suivi cet élan, malgré quelques voix discordantes, dont la mienne. Mais les arguments avancés par les partis opposés à l’initiative, en particulier les partis de gauche, sont d’une pertinence douteuse.

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Avant même que la demande d’interdiction du Parti de la justice et du développement (AKP) ait été jugée recevable par la Cour constitutionnelle de la République turque, le commissaire européen à l’Elargissement avait condamné la procédure au nom de la démocratie. Mais si interdire un parti est anti-démocratique et contraire aux valeurs européennes, comment la Lettonie par exemple a-t-elle pu adhérer à l’Union européenne ?

« Dans une démocratie européenne normale, ces sujets politiques doivent être débattus au Parlement et tranchés par les urnes, pas par les tribunaux. », dixit Olli Rehn, commissaire européen à l’Elargissement, à propos de la procédure d’interdiction en cours contre le Parti de la justice et du développement au pouvoir en Turquie.

Et pourtant, plusieurs Etats de l’Union européenne prévoient, et pratiquent, des interdictions de partis, voire répriment certains courants politiques, sans se voir reprocher quoi que ce soit par Bruxelles.

L’Allemagne a lancé trois procédures d’interdiction de partis politiques en cinquante ans, deux fois à l’encontre de partis d’extrême droite et une fois, en 1956, à l’encontre du Parti Communiste d’Allemagne fondé par Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, d’ailleurs toujours banni sur le territoire des Länder de l’Ouest. Les trois partis interdits, s’ils n’avaient pas le poids politique que possède l’AKP en Turquie, disposaient pourtant d’une légitimité des urnes.

En Lettonie comme en Lituanie, il est interdit de se revendiquer communiste, a fortiori de fonder un parti politique communiste. Les communistes lettons ont été contraints de créer un parti crypto-communiste, le Parti socialiste de Lettonie, et se doivent d’adopter un profil bas dans la diffusion de leurs idées. Et des centaines d’individus sont interdits de citoyenneté lettone ou privés du droit d’éligibilité pour la simple raison qu’ils s’étaient opposés publiquement à l’indépendance du pays en 1991.

L’Allemagne a donc le droit d’interdire des partis politiques. La Turquie n’a pas ce droit.

La Lettonie a obtenu le droit d’adhérer à l’Union européenne tout en réprimant les opinions politiques de gauche. La Turquie n’a pas le droit de s’en prendre à l’Islam politique.

Selon que vous serez Lettons ou Turcs…

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