A gauche, les positions sur l’accord de “libre circulation des personnes” avec l’Union européenne, et plus généralement sur les accords bilatéraux, sont partagées. Si dans le canton de Vaud A Gauche Toute! a décidé d’appeler à un vote favorable au terme d’un vif débat contradictoire, à Genève, l’ensemble de la “gauche de la gauche” à l’exception de solidaritéS appelle à voter NON le 8 février. Quant au Parti suisse du Travail, il appelle lui aussi à voter NON. Son communiqué de presse, que j’ai corédigé, est reproduit ci-dessous.
Lors de son Comité Central du 6 décembre, le Parti Suisse du Travail a décidé, après un débat vif, de s’opposer à la reconduction et à l’extension de l’accord dit de « libre circulation des personnes » entre la Suisse et l’Union européenne.
La dite « libre circulation des personnes », comme principe de base de l’Union européenne consacré par le Traité de Maastricht en 1991, participe de la création d’un grand marché du travail européen permettant la mise en concurrence généralisée des travailleurs au détriment des droits acquis par ces derniers depuis longtemps et au prix de luttes dans le cadre national. Dumping salarial et social, pression sur les salaires, chômage, attaque aux droits syndicaux en sont les conséquences pour les travailleurs, « nationaux » ou étrangers, dans tous les pays d’Europe, à commencer par les nouveaux pays membres de l’Union européenne.
Certes, la Suisse n’est pas un exemple en matière de droit du travail. Et pourtant, la « libre circulation des personnes » a contribué ici aussi à accentuer la pression sur les travailleurs. Non accompagnée de véritables droits sociaux et syndicaux, la « libre circulation des personnes » a déplacé le rapport de force en faveur du patronat, suisse et européen, pour qui « l’ouverture à l’Union européenne » est un alibi pour toutes les contre-réformes néo-libérales opérées sur le dos des travailleurs. Le patronat suisse ne s’y trompe pas, qui tente d’assurer à coup de millions le succès de l’accord de « libre circulation des personnes » en votation populaire.
Pour le Parti Suisse du Travail, il ne s’agit pas ici de libre circulation, mais bien de libre exploitation des personnes. Par conséquent, nous ne pouvons que nous opposer résolument à cet accord.
Pour autant, nous prenons clairement nos distances avec le NON de certains secteurs de la droite nationaliste. Nos raisons pour un rejet de l’accord sont à l’opposé de celles de ces derniers. La droite nationaliste n’a jamais défendu et ne défendra jamais le renforcement des droits sociaux et syndicaux, et son opposition à l’accord de « libre circulation des personnes » est dictée par la nécessité d’énoncer des boucs-émissaires (son opposition à la seule extension de l’accord en témoigne) autant que par l’opportunisme politicien de ses leaders (à preuve le retournement de veste de Christoph Blocher, qui avait dans un premier temps retenu ses troupes de lancer le référendum).
En outre, l’accord de « libre circulation des personnes » exclut les quatre cinquièmes de la population mondiale. Certes, il serait faux de refuser l’accord pour la seule raison que celui-ci n’englobe pas la terre entière, mais la « libre circulation des personnes » dans l’Union européenne s’accompagne fondamentalement de la construction d’un véritable mur de plus en plus infranchissable aux frontières extérieures de l’Union européenne. Le Parti Suisse du Travail s’oppose à ce projet typiquement néo-colonial.
Le Parti Suisse du Travail appelle donc à voter NON, sur une base internationaliste, à la reconduction et à l’extension de l’accord dit de « libre circulation des personnes » avec l’Union européenne le 8 février.