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Dans un argumentaire publié sur son site, la Municipalité de Lausanne présente fièrement son projet de nouveau stade de football aux Prés-de-Vidy comme un « stade à l’anglaise ». Cette expression confond deux réalités totalement indépendantes. Ce n’est pas un hasard.

« Aujourd’hui, le spectateur d’une rencontre de football aspire non seulement à assister à un rendez-vous de qualité entre deux équipes, mais il désire le faire dans de très bonnes conditions et, surtout, il souhaite pouvoir «vivre» l’événement, se sentir proche de l’action, des joueurs, éprouver les sensations et les émotions du public.

Ceci est possible si le stade est conçu de manière à ce que les spectateurs soient le plus près possible du terrain et si leur confort est assuré (sièges individuels, espace de déplacement, etc.). Ces principes ont été mis en place dès la fin des années 80 en Grande-Bretagne, d’où le terme «stade à l’anglaise». »

Ces deux paragraphes de l’argumentaire suffiront à faire sourire, pour ne pas dire plus, tout fan de football critique. On y confond deux réalités parfaitement indépendantes.

Effectivement, les stades de football au Royaume-Uni sont systématiquement dénués de piste d’athlétisme et permettent une proximité idéale des spectateurs au jeu. Mais cette caractéristique est aussi vieille que l’avènement du football spectacle, antérieur de plusieurs dizaines d’années à la date indiquée dans l’argumentaire.

Ce qui date de « la fin des années 1980 en Grande-Bretagne », de 1990 pour être précis, c’est une série de mesures destinées à augmenter le confort dans les stades des ligues professionnelles de football, dont la plus importante était la suppression généralisée des places debout (standing terraces). Dans un pays choqué par l’incendie meurtrier du stade Valley Parade de Bradford en 1985 et par la bousculade du stade Hillsborough de Sheffield en 1989, cette décision n’avait pas été l’objet d’un réel débat public. Pourtant son sens réel, à peine dissimulé derrières des mesures sécuritaires aussi indispensables que secondaires, dépassait la sphère du football au sens strict : en augmentant massivement le confort des stades, et son corollaire direct le prix des billets, il s’agissait de résoudre le problème du hooliganisme, doucement mais sûrement, en excluant les classes populaires des stades. Inutile de dire que L’UEFA et la FIFA ont rapidement repris cette mesure, dont Sepp Blatter a avoué le sens profond il y a peu en préconisant la généralisation des places assises pour combattre le hooliganisme. Inutile aussi de dire que le hooliganisme, dans les deux cas, fait figure d’épouvantail: les événements d’un certain FC Zurich-FC Bâle le printemps passé ont eu lieu dans un stade sans places debout.

L’Angleterre a donc la double caractéristique fortuite d’avoir construit les premiers vrais stades de football et d’en avoir exclu en premier les classes populaires. En parlant de « stade à l’anglaise », la Municipalité opère ainsi une confusion habile (certes justifiée par l’état du Stade olympique de la Pontaise qui de tous les points de vue n’est pas un « stade à l’anglaise ») créatrice de consensus : la première caractéristique séduit le « fan de foot » occasionnel ou non critique, la seconde séduit les milieux économiques et les sphères dirigeantes du football professionnel.

Car les sphères dirigeantes du football professionnel, en Suisse comme ailleurs, savent ce qu’elles veulent. Pour seul exemple, elles ne supportent plus le Brügglifeld d’Aarau, authentique stade de football malgré son confort plus que rudimentaire, mais n’ont aucun problème à vivre avec le Letzigrund de Zurich, notoirement inadapté au football du fait de sa piste d’athlétisme mais suffisamment fourni en loges VIP pour satisfaire les milieux concernés.

La vague de modernisation « à l’anglaise » des stades, c’est-à-dire « à l’anglaise de la fin des années 1980 », est la marque d’un hygiénisme social qui vise à retirer peu à peu des stades ceux qui les avaient toujours investis. Ce n’est pas un hasard si celle-ci provoque des réactions de rejet dans les milieux de supporters. Sur Facebook, un groupe suisse contre la généralisation des places assises dans les stades compte plus de 7300 membres…

Loup y es-tu?

A gauche, le tout nouveau logo de la Fédération des associations d’étudiants (FAE) de l’Université de Lausanne.

A droite, le symbole des Foyers idéalistes (Ülkü ocakları), mouvement fasciste turc, ultranationaliste et panturquiste, mieux connu sous le nom des Loups Gris, et dont la réputation n’est plus à faire.

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Ressemblance fortuite sans aucun doute, et plus amusante, par son improbabilité, que franchement gênante.

Il n’empêche, choisir comme symbole un animal qui a souvent tant fait fantasmer l’extrême droite, pas seulement en Turquie, constitue un pari assez audacieux…

Sources des images: www.unil.ch/fae et www.cebelibereket.net

En novembre 1992, la TSR diffusait dans le cadre de l’émission Temps Présent un reportage sur les sentiments des Suisses à la veille du vote sur l’adhésion à l’EEE (à partir de 26:30). Alors qu’une journaliste romande s’était rendue à Trogen dans le canton d’Appenzell, un journaliste alémanique s’était intéressé à Moudon. Moudon l’idyllique : cohabitation harmonieuse entre communautés, patriotisme d’ouverture, optimisme raisonné. Le cordonnier est un brave homme.

Jeudi soir, la TSR diffusait dans le cadre de l’émission Temps Présent un reportage sur le problème de la violence des jeunes à Moudon. Moudon le Bronx : petite délinquance, chômage des jeunes, sentiment d’insécurité. Le fils du cordonnier a agressé la vendeuse de la boulangerie.

Véritable évolution ? Ou simple effet du discours journalistique ? A voir.

La lettre ci-dessous a été envoyée en 2006 par un émigré bulgare en Allemagne, un parmi des dizaines de milliers d’autres, à divers partis politiques et médias allemands. Sonnant comme une accusation généralisée de l’hypocrisie du discours politique et médiatique sur l’élargissement de l’Union européenne, elle concerne de fait aussi le débat qui aura lieu en Suisse une nouvelle fois à propos de la dite libre circulation des personnes. Elle a été publiée dans le journal de gauche et patriotique bulgare Nova Zora.

Madame, Monsieur,

Dans le journal Bild du 30 mai 2006, à la page 2, est publié un article avec le titre « Les Bulgares vont-ils nous prendre nos places de travail à nous Allemands ? ». Ce n’est pas la première fois qu’une telle attitude de peur s’exprime dans vos journaux et émissions de télévision. Il y a trois ans par exemple une question sembable avait été adressée à un ministre bulgare (P. Panayotov) dans une émission de la WDR (Westdeutsche Rundfunk). Pourquoi, pourquoi vous les Bulgares voulez-vous nous rejoindre dans l’Union Européenne, demandait l’animatrice de l’émission, sous-entendant que la Bulgarie est un pays pauvre et désire profiter des riches pays occidentaux. « Pourquoi, pourquoi faut-il que la Bulgarie et la Roumanie se joignent à nous ? » demandait fréquemment et avec insistance l’animatrice Sabine Christiansen, de la première chaîne allemande, à l’ancien ministre de l’économie Wolfgang Klement, qui éludait délicatement, ou plus précisément sournoisement, la question.

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En toute logique, après la validation quasiment simultanée de deux référendums il y a une dizaine de jours, le peuple suisse devrait être appelé à se prononcer le même dimanche sur l’usage généralisé de la biométrie dans les documents d’identité et sur la confirmation et l’extension de la libre circulation des personnes avec l’Union européenne.

D’un côté, un projet ultra-sécuritaire, paranoïaque, prévoyant la sauvegarde des données personnelles de l’entier de la population suisse dans une unique base de données centrale et l’accès de gouvernements étrangers à ces dernières.

De l’autre un projet dit progressiste, d’ouverture à l’Union européenne, censé affranchir toujours plus du contrôle étatique le choix du lieu de vie et de travail.

D’un côté nette extension, de l’autre baisse drastique du contrôle de l’Etat sur le citoyen. Défendues pourtant toutes les deux par les mêmes milieux. Cherchez l’erreur…

Groupe turc de musique politique, très populaire dans les milieux de gauche et parmi la jeunesse étudiante de ce pays, Grup Yorum donnait son grand concert annuel à Istanbul ce 6 septembre. Par hasard à Istanbul à cette date, je ne pouvais manquer l’occasion…

Créé par des étudiants d’université en 1985 dans le but de repolitiser la jeunesse après le coup d’Etat militaire de 1980, Grup Yorum se veut « la voix de la terre et des peuples d’Anatolie » et prolonge une tradition de chanson politique en Turquie représentée avant lui par Ruhi Su, Aşık Mahzuni Şerif ou encore Zülfü Livaneli, tout en s’inspirant également d’exemples étrangers comme Victor Jara, Inti Illimani ou Mikis Theodorakis.

A son répertoire, marches révolutionnaires à l’optimisme inébranlable (« Nous avons raison, nous vaincrons », « Premier mai »), chansons évoquant les luttes politiques anti-fascistes et anti-impérialistes en Turquie (combat de Deniz Gezmiş et ses camarades, massacre de Sivas, etc.), mais aussi plus généralement, comme l’écrit le groupe sur son site, « l’amour, la vertu et le désir ardent pour un monde libre ». Souvent, le groupe met en musique des textes de personnalités, comme Nazım Hikmet, le grand poète communiste turc, ou de simples militants. Enfin, une large place est donnée à l’interprétation de chansons populaires des peuples de Turquie dans leurs différentes langues.

Liés au courant maoïste, les membres de Grup Yorum ont dû, pendant leurs presque vingt ans d’existence, faire face à arrestations et procès en cascade, de la part d’un Etat pour qui le débat politique était souhaitable pour autant qu’il fût restreint au strict minimum. Cela n’a pas empêché, au contraire même, la popularité du groupe de croître rapidement et de dépasser très largement le milieu maoïste d’où il émane, au point de vendre au total plus de deux millions d’albums.

Avec le temps, face à cette popularité croissante, la répression à l’égard du groupe et les interdictions de se produire ont diminué, et depuis quelques années celui-ci se produit annuellement au grand Théâtre en plein air de Harbiye à Istanbul, comme ce 6 septembre.

Trois heures et demie de concert, une assistance de plusieurs milliers de personnes, huit mille d’après Indymedia, (de toute façon trop par rapport à la capacité du théâtre, guichets fermés et longues queues devant l’entrée en témoignaient), en très grande majorité des jeunes, et des danses, des poings levés… Une sorte d’enthousiasme révolutionnaire, pur et optimiste, difficile à retrouver aujourd’hui ailleurs en Europe…

Pour plus d’informations:

Le 11 mai, les citoyens serbes éliront leur Parlement lors d’élections anticipées. Des élections cruciales opposant, sur fond d’indépendance du Kosovo, les partisans d’une orientation géopolitique « européenne » aux défenseurs d’une politique extérieure plus indépendante. Le clivage se retrouve dans une certaine mesure jusque dans le choix de l’alphabet.

La langue serbe s’écrit traditionnellement en alphabet cyrillique depuis le XIXe siècle. Cependant, à travers les époques, l’écriture cyrillique a été de plus en plus concurrencée par l’alphabet latin, de sorte qu’aujourd’hui les deux alphabets cohabitent dans l’écriture de la langue serbe. Ainsi certains journaux serbes utilisent l’alphabet cyrillique, d’autres l’alphabet latin. Mais le choix de l’un ou l’autre alphabet n’est pas innocent. Pour preuve, des associations de défense du cyrillique ont vu le jour ces dernières années en Serbie pour lutter contre le progrès d’un alphabet latin porté toujours plus par la mondialisation. D’où l’intérêt pour un tour d’horizon des sites internet des partis politiques en compétition lors des élections du 11 mai, histoire de voir dans quelle mesure ils résistent à la mode de l’alphabet latin…

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Lancée par des milieux conservateurs alémaniques, l’initiative « Souveraineté populaire sans propagande gouvernementale » est rejetée par la gauche dans un accès d’hystérie anti-UDC. Sans se rendre compte que l’UDC, malgré son soutien de principe populiste à l’initiative, est trop consciente de ses intérêts pour souhaiter sincèrement le succès de cette dernière.

PRD, PDC, PLS, PEV, PS, Verts. Tous s’associent, dans un bel élan d’unanimité, pour rejeter l’initiative « Souveraineté populaire sans propagande gouvernementale », qui limite au strict minimum les interventions du Conseil fédéral dans les campagnes de votation fédérales. Mon parti cantonal a suivi cet élan, malgré quelques voix discordantes, dont la mienne. Mais les arguments avancés par les partis opposés à l’initiative, en particulier les partis de gauche, sont d’une pertinence douteuse.

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Avant même que la demande d’interdiction du Parti de la justice et du développement (AKP) ait été jugée recevable par la Cour constitutionnelle de la République turque, le commissaire européen à l’Elargissement avait condamné la procédure au nom de la démocratie. Mais si interdire un parti est anti-démocratique et contraire aux valeurs européennes, comment la Lettonie par exemple a-t-elle pu adhérer à l’Union européenne ?

« Dans une démocratie européenne normale, ces sujets politiques doivent être débattus au Parlement et tranchés par les urnes, pas par les tribunaux. », dixit Olli Rehn, commissaire européen à l’Elargissement, à propos de la procédure d’interdiction en cours contre le Parti de la justice et du développement au pouvoir en Turquie.

Et pourtant, plusieurs Etats de l’Union européenne prévoient, et pratiquent, des interdictions de partis, voire répriment certains courants politiques, sans se voir reprocher quoi que ce soit par Bruxelles.

L’Allemagne a lancé trois procédures d’interdiction de partis politiques en cinquante ans, deux fois à l’encontre de partis d’extrême droite et une fois, en 1956, à l’encontre du Parti Communiste d’Allemagne fondé par Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, d’ailleurs toujours banni sur le territoire des Länder de l’Ouest. Les trois partis interdits, s’ils n’avaient pas le poids politique que possède l’AKP en Turquie, disposaient pourtant d’une légitimité des urnes.

En Lettonie comme en Lituanie, il est interdit de se revendiquer communiste, a fortiori de fonder un parti politique communiste. Les communistes lettons ont été contraints de créer un parti crypto-communiste, le Parti socialiste de Lettonie, et se doivent d’adopter un profil bas dans la diffusion de leurs idées. Et des centaines d’individus sont interdits de citoyenneté lettone ou privés du droit d’éligibilité pour la simple raison qu’ils s’étaient opposés publiquement à l’indépendance du pays en 1991.

L’Allemagne a donc le droit d’interdire des partis politiques. La Turquie n’a pas ce droit.

La Lettonie a obtenu le droit d’adhérer à l’Union européenne tout en réprimant les opinions politiques de gauche. La Turquie n’a pas le droit de s’en prendre à l’Islam politique.

Selon que vous serez Lettons ou Turcs…

“Russes en Suisse: enquête sur une invasion”

Telle est la une de la feuille de chou d’Alain Jeannet cette semaine.

Imaginez un instant de remplacer dans cette phrase le mot “Russes” par “Albanais du Kosovo”, “Musulmans”, “Sud-Américains”, ou même “Polonais” ou “Allemands”… Proches ou non de la réalité, de tels titres renverraient immédiatement l’Hebdo dans la catégorie des journaux populistes, voire xénophobes et racistes. Les Russes n’ont pas cette chance.

Bien sûr, Alain Jeannet nous dira que l’immigration russe dont il parle est riche à craquer, fait tourner l’industrie du luxe, et ne mérite à ce titre aucune sympathie. On connaît le principe. On veut bien des immigrés exploités, sans droits, d’autant plus “utiles à l’économie” qu’ils sont contraints de fermer leur gueule. Beaucoup moins des autres.

Sans parler d’ailleurs des centaines de femmes russes et de l’ex-URSS contraintes de vendre leur corps dans les rues et les cabarets de notre pays, et qui apprécieront certainement assez peu de se voir renvoyer dans la catégorie de ces riches “envahisseurs russes”.

Bref, l’Hebdo est politiquement correct jusque dans sa xénophobie. Mais on s’en doutait.

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