Le 11 mai, les citoyens serbes éliront leur Parlement lors d’élections anticipées. Des élections cruciales opposant, sur fond d’indépendance du Kosovo, les partisans d’une orientation géopolitique « européenne » aux défenseurs d’une politique extérieure plus indépendante. Le clivage se retrouve dans une certaine mesure jusque dans le choix de l’alphabet.
La langue serbe s’écrit traditionnellement en alphabet cyrillique depuis le XIXe siècle. Cependant, à travers les époques, l’écriture cyrillique a été de plus en plus concurrencée par l’alphabet latin, de sorte qu’aujourd’hui les deux alphabets cohabitent dans l’écriture de la langue serbe. Ainsi certains journaux serbes utilisent l’alphabet cyrillique, d’autres l’alphabet latin. Mais le choix de l’un ou l’autre alphabet n’est pas innocent. Pour preuve, des associations de défense du cyrillique ont vu le jour ces dernières années en Serbie pour lutter contre le progrès d’un alphabet latin porté toujours plus par la mondialisation. D’où l’intérêt pour un tour d’horizon des sites internet des partis politiques en compétition lors des élections du 11 mai, histoire de voir dans quelle mesure ils résistent à la mode de l’alphabet latin…
Au coude à coude dans les sondages, la coalition « Pour une Serbie européenne » emmenée symboliquement par le Président de la République Boris Tadić, dont le programme politique se résume plus ou moins au titre qu’elle s’est donnée, et le Parti radical serbe, formellement toujours partisan de la « Grande Serbie » et opposé frontalement au nouvel ordre mondial (le parti est d’ailleurs propriétaire de l’adresse www.antiglobalizam.com, dont le nom est transparent).
Sans surprise, le Parti radical serbe utilise l’alphabet cyrillique.
Moins trivialement, son adversaire la coalition « Pour une Serbie européenne » se refuse également à la facilité de l’alphabet latin, même s’il permet tout de même discrètement la lecture du site dans ce dernier alphabet (en haut à droite de la page d’accueil). En réalité, la coalition présidentielle semble s’être alignée sur le seul parti en son sein qui utilise sur son site l’alphabet cyrillique, le petit Mouvement serbe du renouveau, d’orientation monarchiste, et qui a suivi tous les retournements idéologiques de son chef Vuk Drašković dans les années 1990. Le plus grand parti de la coalition, le Parti démocratique, utilise quant à lui dans la même mesure les deux alphabets. Quant aux trois autres partis de la coalition, le G17+, d’orientation ultra-libérale, la Ligue des sociaux-démocrates de Voïvodine, parti régionaliste de la province du Nord du pays et le Parti démocratique du Sandžak, parti régionaliste d’une province du Sud-ouest du pays peuplée majoritairement de Bosniaques, ils utilisent uniquement l’alphabet latin sur leurs pages.
Dans le même camp que la coalition de Boris Tadić mais indépendant de cette dernière, le Parti libéral-démocrate, seul parti politique à avoir défendu l’abandon volontaire du Kosovo, partisan acharné d’une politique étrangère euro-atlantiste, utilise l’alphabet latin.
Dans l’autre camp, le Parti socialiste de Serbie, héritier de la Ligue des Communistes de Serbie, et dont le poids politique a largement diminué depuis le départ de son ancien leader Slobodan Milošević, utilise l’alphabet cyrillique. Tout comme les deux partis de la coalition conservatrice du Premier ministre sortant Vojislav Koštunica: le Parti démocratique de Serbie (qui permet tout de même la lecture de son site en alphabet latin) et Nouvelle Serbie.
Enfin, les partis représentant les minorités ethniques tendent à préférer l’alphabet latin. C’est le cas de la Coalition hongroise, dans ses quelques pages rédigées en serbe.
Ainsi donc, parmi les partis pouvant espérer obtenir des députés, cinq utilisent uniquement l’alphabet latin sur leurs pages web. Sans surprise, ce sont les partis les plus favorables à l’intégration de la Serbie aux institutions euro-atlantiques.
Dis-moi avec quel alphabet tu écris, et je te dirai quelle orientation géopolitique tu défends…